[Test] Tormented Souls : Un Survival Horror beaucoup trop nostalgique ?

Développé par le duo de studios Dual Effect et Abstract Digital Works, édité par Pqube, Tormented Souls est sorti le 27 août dernier sur PS5 et PC. Sorti dans un anonymat habituel de ce genre de production indé, Tormented Souls s’est rapidement forgé une petite réputation positive grâce à un bouche à oreille le propulsant carrément comme étant un VRAI Survival Horror. Se faisant, il a attiré mon attention et j’ai donc profité d’une proposition de la part de Just For Games pour vérifier cela par moi même. Et j’ai effectivement des choses à vous dire sur ce Tormented Souls…

Test et screenshots réalisés à partir d’une version PS5 dématérialisée fournie par Just For Games que je remercie chaleureusement pour leur confiance. Test garanti sans aucun spoils scénaristiques.

Le scénario de Tormented Souls se veut être simpliste et repose avant tout sur son postulat de départ. Vous incarnez Caroline Walker qui reçoit du jour au lendemain une mystérieuse photographie l’invitant à se rendre dans un manoir reconverti en hôpital. Sa mission ou plutôt la vôtre, sera de faire toute la lumière sur le pourquoi du comment de sa présence dans un lieu aussi inhospitalier qu’est cette bâtisse plongée dans les ténèbres… Le postulat de départ ne fait pas dans la dentelle et immerge son joueur et sa joueuse immédiatement. Malheureusement, le reste de l’aventure se charge de vous raconter le fin mot de toutes ses histoires dans les nombreux journaux que vous devrez lire afin de comprendre les tenants et les aboutissants d’une histoire très classique, qui ne fait que nous raconter des sujets et des thèmes habituels des Survivals Horror d’antan. La narration se veut être décousue et sa mise en scène (presque) inexistante. En ce qui concerne son personnage principal, Caroline Walker n’a pour ainsi dire aucune personnalité et seul ses nombreux commentaires en voix off quand elle examine certains éléments du décor nous renseigne sur ce qu’elle peut ressentir à ce moment précis. Pour le reste, il faudra donc dénicher les multiples pages de journaux qui n’attendent plus que vous afin de découvrir une histoire vu et revu des centaines de fois dans les Survival Horror d’avant.

Et cela tombe bien, puisque Tormented Souls souhaite nous rappeler notre enfance avec les « anciens » Resident Evil et Silent Hill avec leur fameux plan de caméra fixes, leur gestion de la sauvegarde manuelle dont il faudra dénicher au préalable une bande d’enregistrement et leur énigmes triturées du cerveau. Sur le papier, il est effectivement vrai que Tormented Souls respecte les codes à la lettre, sans déroger aux principes même des mécanismes de gameplay qui ont offert aux premiers Resident Evil ainsi qu’à Silent Hill leur lettre de noblesse ainsi qu’à les propulser dans nos cœurs comme étant des œuvres cultes, ce qu’elles sont pour vous ainsi que pour moi. Néanmoins, une fois dans la réalité, Tormented Souls n’a absolument pas compris qu’en 2021, rester coincé dans le passé comme il l’est n’est ni bon pour son joueur et sa joueuse ni pour lui.

Je m’explique. Si la gestion de la sauvegarde à l’aide de bandes d’enregistrement respecte à la lettre ce qui se faisait dans Resident Evil, le simple fait de ne pas embarquer de sauvegarde auto servant de checkpoint à des moments précis plombe une première fois le plaisir de jeu. Quand au bout de deux-trois heures de jeu où on vient de mourir et que nous sommes renvoyés sans autre discussion à l’écran titre est un défaut rédhibitoire qui ne devrait plus exister en 2021. Si Capcom avait su contourner le problème de mémoire interne de la PlayStation à son époque afin d’offrir à son Resident Evil une augmentation significatif du sentiment de danger, avec les évolutions technologiques qui sont celles de nos consoles actuelles, le fait de ne pas proposer des checkpoints à des moments salvateurs (par exemple, quand on obtient de quoi déverrouiller de nouveaux environnements) est tout simplement un non sens total en terme de philosophie et de ce que le duo de studio ici à l’œuvre ont voulu pour notre expérience dans Tormented Souls.

Sans parler de la gestion anarchique de la carte où notre localisation précise est très mal indiquée. J’aurais pu évoquer la gestion calamiteuse de l’objet équipé où l’on doit choisir entre notre éclairage et notre arme de défense mais sans vouloir vous spoil, disons que cette situation vient à évoluer dans l’aventure. Pour le reste, c’est à dire la gestion de nos munitions, de nos armes et de nos objets de soin, sachez que si vous fouillez de fond en comble les environnements et que vous y portez une attention toute particulière, vous ne manquerez de rien, du début jusqu’à la fin de l’aventure, tout en vous permettant de vous frottez au bestiaire qu’offre le jeu.

Sur le chapitre des énigmes, si dans les Resident Evil, elles répondaient à une certaine logique et étaient donc relativement ludiques, dans Tormented Souls, je n’ai jamais compris la moindre énigme que ce soit, étant obligé au bout de quelques minutes à me résigner et jeter un œil à une solution, sans jamais comprendre le pourquoi du comment. J’exagère un peu, puisque je n’ai réussi qu’à élucidé deux voir trois énigmes par moi même alors que tout le reste, j’ai dû me résigner au bout de quelques minutes (parfois 10, parfois 15 ) à aller consulter une solution sur le net. J’ai beau ne pas me prendre la tête en me disant que ce n’est pas grave d’avoir été contraint d’aller voir une solution mais je peut vous affirmer que pour certaines énigmes, Tormented Souls nous explique absolument rien. Nous sommes ainsi livrés à nous même devant un puzzle qu’il faut alors résoudre sans savoir comment le résoudre ni pourquoi il faut le résoudre d’une telle manière et pas une autre. De plus, au moment de la résolution, on ne comprend pas pourquoi on vient effectivement de parvenir à notre fin ni la finalité de l’énigme du moment. J’aurais pu qualifier les énigmes de Tormented Souls de brillantes puisque elles sont « bien » pensées mais alors que j’écris ce Test, je ne voit pas en quoi je pourrais les qualifier de la sorte puisque en ayant fini le jeu, je ne les ai toujours pas comprises.

En effet, la majorité des énigmes dans ce Tormented Souls sont beaucoup trop alambiquées, manquent d’explication quant à leur résolution (voir n’en ont aucune pour la plupart). Certaines ont effectivement des indices disséminées ici et là dans l’environnement (voir même dans les journaux à récupérer et lire) alors que d’autres sont étrangement dépourvues du moindre indices que ce soit…

Un mot sur l’ambiance. Tormented Souls nous plonge dans un lieu clos assez immense sous forme de dédales de pièces à explorer, dans une atmosphère lugubre, inquiétante et chargée. Pour en avoir fait des Survival Horror, Tormented Souls se démarque du lot et nous propose donc un dépaysement réussi, pour peu qu’on adhère au genre. Quant à la peur suscitée par le titre, je l’ai tout de même ressenti plusieurs fois, grâce à un jump scare savamment bien installé, ainsi que parfois, quand je faisais la rencontre d’un ennemi au détour d’un chemin plongé par les ténèbres absolues… Un second point positif, c’est la gestion du clair-obscur où notre éclairage vient chasser les zones obscurcies. Nous sommes donc en terrain connu pour celles et ceux ayant déjà arpenter un Survival Horror, quant aux autres, je vous souhaite un (très) bon courage. Enfin, un troisième point positif : l’utilisation de la musique de façon aléatoire. Généralement, nous sommes habitués à certains réflexes dont notre attention. Par exemple, on sait qu’à partir du moment où une musique assez « hard » se déclenche, on peut être sûr qu’un monstre est dans notre environnement proche. Dans Tormented Souls, nos habitudes et nos réflexes sont ainsi malmenés et nous plonge alors dans une prudence permanente et nous oblige à faire attention quand on se déplace, ce que je trouve vraiment bien fait pour le coup.

Graphiquement parlant, Tormented Souls souffle le chaud et le froid. Si le modèle de ses personnages paraît un peu daté, il se récupère dans ses environnements et se paye de ce fait une identité qui lui est propre. Cela dit, je trouve que les personnages font très « poupée de cire » et ne dégage pour ainsi dire aucune émotions.

Du côté de la technique, Tormented Souls ne souffre que de quelques ralentissements sporadiques (l’un est situé à l’étage du Hall principal, l’autre durant son boss de fin), je peut vous dire que je n’ai pas rencontré d’autres problèmes. Pas de freezes, pas de bugs donc. Néanmoins, on pourra regretter que la DualSense n’est absolument pas prise en charge et reste donc au repos. Pas de gâchettes adaptives, pas de sons sortant du micro ni de vibrations particulières.

Passons enfin à mon avis. Sorti dans un anonymat habituel des titres indés, Tormented Souls s’est ainsi vu offrir une petite réputation ultra positif de la part des joueurs et des joueuses avides de Survival Horror, voyant en lui un héritier direct des Resident Evil d’avant. Moi qui aime également le genre depuis que j’ai découvert Resident Evil via sa version Nintendo Gamecube, je me permet de ne pas être aussi positif que le consensus général, capable de porter certaines œuvres sur un piédestal alors que pour d’autres, c’est un bien autre traitement qui les attend. Oui, Tormented Souls comporte certaines mécaniques rappelant Silent Hill et Resident Evil mais… C’est tout. Il ne propose rien qu’autre qu’un voyage dans un passé maintenant révolu pour nous rappeler ce qu’était les Survival Horror dans les années 90 mais le fait relativement mal.

En effet, la gestion erratique de ses énigmes et le fait qu’elles soient tout sauf ludique fait que Tormented Souls me fait me poser certaines questions. En tant que fan du genre, qu’est-ce que je recherche quand je me plonge dans un Survival Horror ? Une histoire ? Une ambiance ? Ou un bestiaire bien particulier ? Je dirais un peu des trois, ce que j’ai eu dans ce Tormented Souls. Mais alors pourquoi, au contraire des avis dithyrambiques que je peut voir depuis sa sortie, j’ai du mal à être aussi catégorique que les joueurs et les joueuses ? Pour la simple et bonne raison que je ne souhaite pas toujours faire la même chose dans un genre en souffrance et sous représenté depuis une voir deux générations de consoles. Même pire, depuis la génération PS4-One, mis à part deux The Evil Within, Alien Isolation, les remakes de RE2-3, Resident Evil 7, les œuvres de chez Bloober Team et un certain Daymare 1998, le genre du Survival Horror ne se renouvelle pas tant que cela. Etre « obligé » de repartir à une certaine époque du Survival Horror avec ses codes bien précis me fout littéralement le cafard pour être franc avec vous. Le genre du Survival Horror mérite d’aller de l’avant, mérite de nous proposer des œuvres en adéquation avec les évolutions de notre média et surtout de notre époque. A trop vouloir rester dans un passé maintenant derrière nous, on évolue pas ou plus. Hors, c’est un peu pour cette raison que le Survival Horror n’attire plus. Alors oui, un jeu de ce genre de temps en temps fait du bien me direz vous mais si on doit dire cette phrase à chaque fois, on n’a pas fini avec les prochains qui proposeront la même recette encore et encore et nous resteront au même point dans 10 ans, c’est à dire un genre bloqué à ses premières heures, qui ne peut évoluer et qui n’a pas ou plus envie de le faire, sachant qu’il suscitera une nostalgie systématique de la part d’un public manquant cruellement de curiosité…

Ce que j’ai aimé :

  • Une ambiance singulière, renouvelée en permanence, nous plongeant dans un cadre inédit
  • La gestion de la lumière et des ombres
  • L’utilisation de la musique de façon aléatoire, suscitant une inquiétude permanente
  • Une bonne durée de vie, ni trop court, ni trop long
  • Un scénario certes classique mais très efficace
  • Des inspirations assez limpide pour un objectif qui l’est tout autant, qui vise donc notre nostalgie

Ce que j’ai moins aimé :

  • Les énigmes, complètement ratées selon moi
  • Des cinématiques où les lèvres des personnages ne bougent pas
  • Le personnage principal, qui ne manifeste aucune émotions, et auquel je ne me suis absolument pas attaché outre mesure
  • Un titre bloqué à une époque aujourd’hui derrière nous (nous sommes en 2021 sur PS5 quand même…)
  • La DualSense pas prise en charge

Son appréciation

Le genre du Survival Horror est à la peine depuis quelques années maintenant. Plutôt que d’essayer de renouveler le genre afin de susciter le débat, les studios derrière Tormented Souls ont préférés jouer sur la nostalgie des joueurs et des joueuses. Ce qu’il a réussi avec vous, échoue avec moi, qui souhaite avant tout aller de l’avant plutôt que de rester dans une époque maintenant derrière nous. Malgré l’ensemble ou presque de ses énigmes ratées, Tormented Souls s’en sort tout de même sans trop de casse, grâce à un scénario agréable, une ambiance réussie et un manoir plongé dans les ténèbres nous invitant à affronter les multiples dangers qui nous attendent avec un plaisir non dissimulé. Mais attention, si Tormented Souls s’en sort pas si mal que cela, c’est bien parce que je reste attaché à un genre que j’affectionne particulièrement, même quand je trouve que celui ci est maltraité d’une part et d’autre de l’échiquier…

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