ManEater – La Critique Augmentée

Après Killing Floor 2, le studio Tripwire Interactive s’intéresse donc enfin à un JV purement solo. Plutôt que de nous pondre une énième oeuvre identique à toute les autres, le studio nous propose d’incarner un requin bouledogue. Noyé au milieu d’une actualité chargée, Maneater pouvait jouer une carte, celle du concept original autant sur le papier que manette en main. Sauf que manifestement, c’est celui du concept mal exécuté et daté auquel il nous propose de nous casser les dents. Explications.

Maneater

Je ne sais pas vous, mais moi j’adore les films de requins. Je ne parle pas de ceux avec des budgets ridicules pour attrape nigauds, mais certains m’ont marqués et j’avais envie de vous les partager histoire pour vous de découvrir mes goûts en la matière. En voici trois que je retiens parmi la pléiade de films sur le sujet que j’ai pu voir (dont la saga Sharknado, hé oui… !) :

  1. Les Dents de la Mer, bien entendu, réalisé par le très grand Steven Spielberg, sorti en 1975.
  2. Peur Bleue (ou Deep Blue Sea), sorti lui en 1999 et réalisé par Renny Harlin. 
  3. Instinct de survie (ou The Shallows) sorti en 2016 et réalisé par Jaume Collet-Serra.

En terme de Jeux Vidéo sur le sujet, hé bien, on va dire que la pêche n’est pas si fructueuse que cela. Avant Maneater, je n’ai pas pu faire Jaws Unleashed, sorti en 2006 sur PC, PS2 et Xbox et aussi Hungry Shark Evolution, un free-to-play qui date de 2012. Seul Depth d’Alex Quick se démarque, jeu multijoueur compétitif permettant d’incarner soit un requin soit un humain, il est relativement acclamé par les joueurs sur Steam (avec pas moins de 92% d’opinions positives), c’est fort de ce succès que monsieur Quick a eu l’idée de concevoir ce deuxième jeu, centré sur le même thème mais cette fois purement solo. Bref, il est enfin temps pour moi de vous parler de Maneater, sans vous sortir le moindre jeu de mots abrutissant comme je peut lire un peu partout depuis sa sortie.

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Faisant sensation lors de son annonce au PC Gaming Show de 2018, Maneater nous propose donc d’incarner un requin. Ce n’est pas la première fois que le JV nous fait cette proposition mais cela fait des années et quand même deux générations de consoles (plus de 10 ans quand même !) que l’industrie n’avait plus pris ce risque là. Mais c’est chose réparée puisque Tripwire Interactive nous propose son « ShaRkPG », un RPG en monde ouvert, avec cycle jour nuit s’il vous plaît, à base de requins vénères et de chasseurs sur les dents. Pensé comme une émission de TV Réalité, présentée en VOSTFR par Chris Parnell (vous le connaissez vous ?), l’émission « Maneater » souhaite donc mettre en lumière le dangereux boulot de chasseur de requins en suivant le quotidien de Scally Pete, un grand maouss costaud désireux de faire la peau au requin ayant bouffer un (gros) bout de feu son paternel. C’est alors que le jeu se lance en nous faisant incarner un requin, juste le temps du tutoriel et de poser les bases de ce qu’on va devoir faire durant une bonne dizaine d’heures. C’est ainsi, après avoir bien foutu le bordel, que notre squale se retrouve nez à nez avec Pete, qui remporte son combat. Téméraire, le bougre tranche le ventre du squale pour y découvrir le petit bébé requin en son sein… Devant une mort certaine, le petit requin bouffe le bras de Pete et réussit à rejoindre la mer. C’est ainsi, qu’animé par le désir ardent de se venger de la mort de sa maman, que nous incarnons enfin notre requin à nous. Sachez quand même que le fait d’incarner un requin bouledogue au lieu de l’emblématique grand requin blanc, à du sens et est parfaitement logique. Pour cela, il vous suffit juste d’aller faire un tour sur le net et d’y découvrir que le requin bouledogue est connu pour bouffer tout ce qui peut lui tomber sous les dents et est de plus, cannibale. Ça tombe bien puisque dans Maneater, vous allez pratiquement tout bouffer sur votre passage.

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Sur le papier, Maneater enchaîne les « bonnes » idées. Pensé comme un RPG, avec des mécaniques propre au genre, prise de niveaux, upgrades pour monter en puissance, monde ouvert et cycle jour nuit en temps réel, mais se perd hélas dans une boucle de gameplay renvoyant facilement 10 ou 15 ans en arrière, avec en plus des objectifs abrutissants, redondant et répétitif comme la prolifération de la même mission qui se répète dans les 8 environnements du jeu, celui de manger un nombre précis du poisson local (et des humains aussi). Vous vous dîtes actuellement qu’une mission de ce genre dans les 8 zones, ça peut passer, oui sauf que cette mission revient 2 à 3 fois dans la même zone, hé oui ! Vous vous dîtes aussi que ce n’est pas si grave que cela si c’est une mission annexe, sauf qu’encore une fois, c’est loupé ! Si vous souhaitez poursuivre votre aventure, il faudra obligatoirement accomplir cet objectif là, hé oui !

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Mais du coup, on y fait quoi alors dans Maneater me demanderez vous ? Hé bien, on y fait des trucs de requins… 😀 (Ouais, bon, elle était facile celle là 😀 ) Vous allez commencer bébé requin pour finir en Méga requin bien énervé et pour se faire, vous allez devoir engranger expérience et nutriments (rouge, bleu, jaune et vert) afin d’upgrader en personnalisant les parties de votre requin (l’aileron, la tête, la mâchoire, la queue et le corps) et ainsi devenir le prédateur ultime, qui ne craint rien ni personne… Pour ça, pas de secrets, il vous faudra enchaîner les objectifs d’une telle zone, arriver à un certain pourcentage de complétion et passer à la zone suivante. Et ainsi de suite, sans jamais changer de modus operandi… Sur 12 ou 15 heures de jeu. Oui c’est approximatif, ne sachant hélas pas mon temps de jeu précis.

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Pour l’instant, je vous donne l’impression de démonter purement et simplement Maneater et il est vrai que je suis assez sévère à son encontre… Mais après avoir platiné le jeu, il est temps de vous expliquer pourquoi je considère que Maneater n’est pas tant un naufrage que ce qu’on peut bien lire un peu partout. Il me faut déjà vous dire que de base, je ne m’attendais absolument pas à un « grand » JV et que son prix de vente (40€ tout de même) à largement contribuer à placer mon curseur sur le « moyen ». Force est de constater que j’avais plus ou moins vu juste à son sujet et que manette en main, étant donné que Maneater ne m’intéressait que parce qu’on pouvait faire mumuse avec les humains, hé bien, j’ai été servi de ce côté là ! Quelle jubilation d’aller choper un humain en train de faire trempette et de l’emmener dans les profondeurs pour le croquer ! De sortir l’aileron sous les yeux des touristes, de se montrer un peu et de replonger, histoire d’observer leur réaction. Ou de sauter sur une plage bondée et de se faire un bon gueuleton ! Ah on peut dire sans sourciller que je suis quand même un beau salopard quand je m’y met… 😀

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Non seulement cette partie avec les humains est jouissive à mort mais en plus, le gore et la tonne d’hémoglobine renforce la frénésie de ces moments de pur défouloir ! Mais il y a aussi une seconde chose qui m’a réellement bien plu dans Maneater, c’est la liberté proposée. On peut vraiment prendre le temps de se poser et d’explorer chaque coin de la zone actuelle et de contempler un peu les paysages sous marins. Ce duo entre violence brute et moment plus détendu fait passer la pilule d’une répétitivité d’un autre temps, d’une génération maintenant révolue et me fait vous dire que oui Maneater à quelques années de retard. Mais c’est ce qui fait un peu son charme, certes désuet.

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Manette en main, Maneater se joue sans trop de difficulté et ne cherche vraiment pas à se démarquer des autres. Néanmoins, lors des combats, vous allez de facto mal vous entendre avec la caméra. Cette dernière rendra l’action pratiquement illisible durant les combats contre les autres prédateurs qui vivront leur vies en attendant de se battre contre vous. De ce fait, Maneater accumule une fois de plus le cliché du RPG dépassé par son époque, puisque vos débuts vous feront manger de l’écran de Game Over à la pelle et risque de vous frustrer comme jamais. Pire, pour les moins patient(e)s d’entre vous, vous poussera même à aller voir ailleurs si vous n’y êtes pas, vous êtes ainsi prévenu(e)s. Puis, vers les niveaux 20, la difficulté exacerbée du titre laisse la place à une facilité déconcertante mais qui nous offre alors des moments de pure jouissance tant on se sent ultra puissant face à une bande de chasseurs de requins ultra remontés. Ce pic de facilité atteint donc un point sensible chez moi puisque je peux exprimer mon sadisme le plus librement du monde et ainsi prendre un immense pied.

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Du côté des graphismes, développé à partir de l’Unreal Engine 4, Maneater se révèle agréable à l’œil mais ne va pas plus loin et c’est franchement dommage. Autant dans les profondeurs et à la surface, de jour comme de nuit, je trouve certains endroits assez jolis artistiquement parlant, autant dans les cinématiques, c’est franchement pas la fête. Dommage que Maneater ne sois pas plus agréable à l’œil ni n’embarque un mode photo parce que oui, de ce côté là, je me serais encore plus régalé à prendre un peu de bon temps avec cette fonctionnalité. Mais là où le bât blesse, c’est sur la technique. Ralentissements intempestifs, caméra bourrée comme un coin, le ventilo de la PS4 Pro qui nous faisait la Macarena, faut bien s’accrocher pour s’y plonger en toute quiétude dans Maneater, je vous le dit…

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Au passage, sachez tout de même que la bande son de Maneater est purement et simplement inexistante. Pas de main thème, pas de musique d’ambiance, même pas une petite mélodie bien flippante quand on sort l’aileron à l’air libre, absolument rien. Bon, ça fait toujours des économies sur le budget mais quand même, le prix à l’arrivée lui il est le même, bande son ou non.

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J’ai lu un peu partout que le ton très caustique de la voix off nous accompagnant offrait alors à Maneater un humour particulier. Mais bon courage à vous pour garder le rythme en pleine baston et lire les sous titres. Il aurait fallu, de façon exceptionnelle, proposer un doublage en français. En effet, notre attention est focalisée sur l’action, du coup, difficile de lire et d’être attentif à ce qui se passe au même moment. Ensuite, la taille de ces fameux sous titres, parlons-en, ils sont ridiculement petits pour rien et non réglables. Enfin, au niveau de l’écriture générale, Maneater nous propose donc de suivre le destin de Scally Pete, désireux de se venger du requin ayant tué son père, se faisant, il créera un requin qui, de son côté, veut se venger de lui pour le meurtre de sa mère. Le fameux débat de la violence engendrant la violence donc. D’un côté, on suivra donc Pete et de l’autre, notre aventure à nous en tant que requin de plus en plus puissant. Le scénario de Maneater, dans son écriture et sa mise en scène à fait son effet me concernant, bon public de ce genre d’histoires, mais son manque d’originalité auront vite fait de me le faire oublier dans quelques mois. De plus, l’humour « pince sans rire » tant mis en avant par les tests et les vidéos sur Youtube comme argument de ce Maneater ne fonctionne pas sur moi. Je ne trouve pas Chris Parnell « drôle » mais cela  est dû au fait (et je n’ai pas peur de le dire haut et fort) que j’ai des convictions politiques différentes de la masse de journalistes JV et des Youtubeurs/ses. C’est ainsi, ça s’appelle la pluralité des opinions.

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Je finis tout de même par vous dire que j’ai pris un immense plaisir manette en main. Oui Maneater accuse un sérieux retard de quelques années dans pratiquement tous ses aspects. Mais son originalité et le fait qu’il m’offre la possibilité d’exprimer tout le sadisme et toute la couardise que j’ai en moi font que j’ai ressenti un petit pincement au cœur au moment de voir le Platine apparaître, signe que je venais de finir Maneater et que je n’allait plus y revenir de sitôt. Oui Maneater est un jeu très moyen, bourré de défauts et d’un autre temps mais il réussit l’une des missions les plus importantes que le JV se doit de remplir et qu’on oublie peu à peu : celle de nous divertir. Je l’ai été durant 12 à 15 heures. Alors j’ai bien envie de laisser le bénéfice du doute au studio. Si leur souhait était de tâter le terrain et de voir un peu la réaction des joueurs et que derrière, ils sont plus ou moins en embuscade avec un vrai projet et une suite plus ambitieuse et beaucoup plus travaillée, alors je veux bien ne pas être trop méchant sur la note finale. Parce que je dois être un peu naïf sur les bords et j’ai le désir de me montrer gentil tant j’ai pris beaucoup de plaisir sur ce Maneater, qui je l’espère de tout cœur, reviendra avec une suite ayant plus de… Mordant.

Le Platine

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Si vous souhaitez vous aussi le Platine ou les 1000G de Maneater, en vérité, il est « pratiquement » donné si vous faîtes chaque niveaux (les 8 donc) à 100%, en n’oubliant pas d’activer trois grosses portes vous permettant de prendre un raccourci. Juste un petit conseil, équipez vous du Sonar, montez sa puissance au niveau 5, il vous permettra quand vous l’activerez, de faire apparaître tous les points d’interrogations (ou « ? ») dans une zone étendue de 300% autour de vous. Au passage, étant donné que la zone du Grand Large porte très bien son nom et est donc la zone la plus grande du jeu, il vous faudra être un peu plus minutieux(se) qu’en temps normal. Le Platine/1000 G tombera dès lors que vous aurez tout à 100% ! Je n’ai même pas eu besoin de guide au passage, alors pas d’inquiétude, croyez moi !

Ce que j’ai aimé :

  • Incarner un requin, concept original et inédit sur cette génération de consoles
  • La liberté qui nous est offerte de nous promener comme on l’entend
  • D’un point de vue artistique, de jour comme de nuit, les panoramas sous et en dehors de l’eau auraient mérités un mode photo
  • La facilité du titre passé le niveau 20, on sent enfin le sentiment de puissance offert par le jeu
  • Une assez bonne personnalisation du requin
  • Pouvoir exprimer tout le sadisme et la couardise que j’ai en moi auprès des humains du jeu, bah ça fait un bien fou 😀
  • Les combats contre les chasseurs de requins mouahahahahaha 😀
  • Bourré d’easter-egg et de références en tout genre sur la Pop-Culture…

Ce que j’ai moins aimé :

  • … les trois quarts du temps mal utilisés par le studio
  • Les objectifs de quêtes, dépassés par leur époque
  • Techniquement et graphiquement à la ramasse
  • Le choix (imposé) de la VOSTFR
  • Des sous titres ridiculement petits
  • Une écriture et une mise en scène inexistante
  • La bande son, elle aussi inexistante
  • L’humour du commentateur (je connais le débat sur l’humour) à destination des personnes uniquement de de gauche à priori, vu que je ne me suis pas marrer une seule seconde.

Son appréciation

Je l’attendais véritablement ce Maneater. Avec toute l’expérience qui est mienne, je savais que je devais m’attendre à un JV moyen, sans prétention et qui ne souhaite rien révolutionner du tout. Hé bien… J’ai été servi ! Un concept original, de « bonnes » idées sur le papier mais mal exécutées et maladroites à l’arrivée. En ressort une expérience mi figue mi raisin, tantôt dépassée par son époque, tantôt assez jouissive, avec quand même une base solide à condition que le studio se relève les manches. Le concept est singulier, il faut donc que Tripwire Interactive creuse son concept puisqu’il tient quelque chose de bon si il se donne les moyens de ses ambitions… Allez Tripwire Interactive, vous pouvez le faire 😀

Sa note

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Relecture et correction effectuée par Shepard.

*Critique et screenshots réalisés à partir d’une Version PS4 Dématérialisée, achetée par mes soins, sur une PS4 Pro.

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