Critique de ISDefense

Ils grandissent vite, ces petits… Il y a à peine un an, je vous parlais de Hatred, un Ovni venu des studios des polonais « Destructive Creations » (article ici), et voilà-t’y-pas que nos copains remettent le couvert, avec le titre annoncé en début d’année « ÏS Defense ». Et calmez-vous, c’est une exclu PC, comme son grand-frère.

A plus d’un titre, nos joyeux lurons continuent dans le bourrin, et prennent volontairement quelques risques. Je m’en vais, sans bouder mon plaisir, vous conter tout ceci.

ISDefense 1.png
(Un logo qui donne le ton : il ne s’agirait pas de licornes ailées et de papillons multicolores)

Une fois n’est pas coutume, et après l’exceptionnel article sur Hatred, Théotime Tessa (Son compte Twitter ici) vous invite donc pour la critique de la nouvelle production de ces sales gosses de chez Destructive Creations. Quand à nous, on se donne rendez vous très vite 🙂 Bonne lecture à vous et déguster cette critique comme il se doit, vous n’en verrez pas des beaucoup des articles concernant ISDefense !

Une réputation, ça s’entretient. Une réputation de développeurs timbrés, aimant le gore, la violence gratuite et le politiquement incorrect, ça s’entretient aussi. Mais comment ? Comment faire pire que de programmer un jeu où l’on incarne un psychopathe sans foi ni loi, qui crie sa haine de l’existence à chaque balle tirée sur ses voisins dans les rues de New-York ? La réponse est simple : en programmant un jeu où il est question de paquets de ce même genre de psychopathe, mais par milliers. Et que, cette fois, nous devrons tous abattre. Sans exception.

Nous sommes en 2020, dans un futur pas très joyeux où l’Etat Islamique (qu’on connaît aussi sous le nom de Daesh, ISIS ou IS – Islamic State) est tellement puissant qu’il commence à envoyer des troupes, littéralement, aux portes de l’Europe. Le joueur incarnera un gentil soldat de l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, organisation militaire et politique d’alliance entre les pays d’Amérique du Nord et certains pays d’Europe) chargé, avec ses copains, de dérouiller les envahisseurs coûte que coûte, planqué derrière sa mitrailleuse. Le moins qu’on puisse dire, c’est que visiblement, l’actualité géopolitique inspire jusqu’aux développeurs de jeux vidéos.

Connus pour son sens légèrement appuyé du patriotisme, Jaroslaw Zielinski, le patron de Destructive Creations, se défend d’être islamophobe mais se veut être réaliste sur un sujet qu’il considère grave. A mon sens, il n’y a pas de quoi chercher à tomber absolument dans la polémique : l’Etat Islamique existe bel et bien, sa stratégie militaire est aujourd’hui en perte de vitesse, mais peut être l’objet d’une œuvre culturelle sans que celle-ci soit considérée comme raciste et/ou xénophobe. On n’imagine pas un réalisateur de film qui traite de la seconde guerre mondiale se faire traiter d’antinazi parce qu’il y traite de la chute de Berlin en 1945…

ISDefense 2
(Un petit goût de débarquement, mais pas en Normandie…)

Le titre étant très peu cher (moins de 7 € le jour de sa sortie sur Steam), et étant désigné comme un « side-project » (un peu à part) par l’équipe qui voulait opérer un coup de gueule par rapport à la situation du Moyen-Orient, je m’attendais à un banal rail-shoot qui redonnerait un peu de couleurs à un genre pourtant disparu. Parce que bon, si tu veux tirer un coup de gueule, tu ouvres un blog, non ? C’est plus simple que de créer un jeu de toutes pièces…

En guise d’intro, une vidéo ultra-catastrophiste, expliquant les succès militaires de Daesh au Moyen-Orient et en Afrique, et le début de l’invasion du « Vieux Continent », l’ambiance est posée.

La première map (la seule disponible au départ, en fait) nous pose au milieu d’une plage sicilienne, et nous explique les quelques bases du jeu : tel bouton pour tirer, tel bouton pour zoomer, tel autre bouton pour utiliser le lance-roquette (qui n’a pas de munitions illimitées, contrairement à l’arme principale !), et tel bouton* pour utiliser une capacité spéciale (visible à gauche), disponible selon le nombre de frags obtenus : 20 pour la première, 40 pour la deuxième, etc, chaque utilisation remettant le compteur à zéro.

Les sprite-rroristes viennent de partout, il faut anticiper les arrivées massives de gugus qui débarques par dizaines et les éliminer fissa, sous peine de voir sa barre de vie diminuer très rapidement (visible à droite). On comprend vite que, pour changer de map, il faut accomplir un objectif précis de frags et de destructions : en l’occurrence, pour la Sicile, pas moins de 2000 frags et 100 véhicules détruits. Si l’on meurt, un tableau récapitule le nombre de victimes et de dégâts, avec un rajout « bonus » en fonction du temps qu’on aura survécu. De fait, on atteint vite le nombre de frags nécessaires, mais bien plus lentement celui de véhicules détruits puisque beaucoup moins nombreux (et que, chose bizarre, les canots pneumatiques utilisés par les ennemis ne comptent pas comme tels…). Après avoir vu l’avancée de nos exploits, on repope sur la plage comme si rien ne s’était passé, pour espérer obtenir un meilleur score, ou survivre plus longtemps….

L’accumulation générale de frags nous permet également de débloquer des compétences en tout genre et des points de santé supplémentaires : le rail-shoot rencontre un semblant de RPG, diront les plus audacieux. Les compétences sont de quatre niveaux différents : il faut un point de skill pour « acheter » une compétence de niveau 1, deux points pour celles de niveau 2, etc… et il existe quatre « familles » de compétences, histoire de personnaliser votre petit soldat selon vos affinités.

l’intérêt étant de faire le meilleur score de frags en une session, jusqu’à arriver à l’objectif final pVu le niveau de la production (petite équipe d’indés, j’entends), le jeu est très beau, plus agréable à l’œil que Hatred qui restait quand même très noir-et-blanc, les effets balistiques et d’explosions sont superbes (le moteur Unity y fait pour beaucoup, forcément, mention spéciale à la dernière map, de nuit, où nous ne sommes éclairés qu’à la lueur des flares et de nos balles !), les ralentis occasionnels en mettent plein les yeux, toussa toussa, mais bon Dieu de bon Dieu qu’il est dur ! Il fait en ce sens honneur aux rail-shoot classiques, où les joueurs devaient millimétrer leurs actions pour pouvoir finir les niveaux. Ici, chaque balle compte, chaque roquette a son importance, il faut recharger au bon moment pour éviter de se faire assaillir le temps des 5 secondes nécessaires à la recharge, il faut larguer le tapis de bombe à tel instant pour nettoyer au mieux la plage et souffler un bon coup, our changer enfin de map. La grande différence avec le rail-shoot classique est qu’ici, il est inutile de chercher à apprendre par cœur les patterns puisque tout est relativement aléatoire, ce qui augmente la difficulté.

L’intelligence artificielle globale n’est pas fameuse : les sprites foncent dans le tas, ne cherche pas à se couvrir ou à se distancier de leurs copains quand ils portent une bombe, par exemple ; de la même manière, les soldats de l’Otan qu’on peut faire se déployer pour nous aider ponctuellement tirent à tout va mais sans chercher à être efficaces, ou même à rester vivants le plus longtemps possible, l’intérêt majeur de ces soldats étant qu’on peut appeler plusieurs équipes en même temps, pourvu qu’on fasse suffisamment de frags pour les appeler à la rescousse : quand on a 15 zozos, même pas très doués, qui font des tirs de suppressions pour nous aider à y voir plus clair, c’est mieux que pas de zozos du tout.

ISDefense 3
( « Crève, pourriture communiste ! » n’est pas une citation appropriée à ce contexte. C’est quand même très joli…)

La pression augmente avec le temps : les sprites qui débarquent en canots pneumatiques deviennent des bateaux qui lâchent des jeeps montées à la M60, arborant le drapeau de Daesh pour nous nous rappeler que, si on tue des gens, ces gens sont des terroristes-donc-c’est-pas-grave. Le sentiment de culpabilité mêlé de plaisir sadique qu’on trouvait dans Hatred se transforme en volonté de bien faire son travail, comme tout bon soldat-défenseur de la démocratie se doit de le faire. Donc ouais, côté polémique, je dois admettre que le délire retombe comme un soufflé au fromage qui n’a pas bien pris. Je ne boude pour autant pas mon plaisir : ce n’est pas plus crétin qu’un banal Call Of Duty, ça défoule tout autant voire davantage, c’est fait avec de petits moyens tout en étant extrêmement abordable pour qui aime les jeux un peu originaux, et, ce malgré un côté répétitif (trouvez-moi un rail-shoot qui ne le soit pas).

(Le trailer, pour se faire une idée en une petite minute du potentiel du titre)

Le vrai gros bémol, c’est que les maps ne sont pas nombreuse, vraiment pas : 3 seulement à la sortie du jeu. Certes, elles ont leurs spécificités en terme de difficultés et d’ennemis, mais ça fait peu. Au final, le défi devient vite l’envie d’être le mieux classé possible sur telle ou telle carte, que ce soit en durée de survie ou en frags obtenus en une seule session : le classement général affiché en haut à droite nous rappelle que, même si on a dézingué 700 terroristes potentiels depuis le début de la partie, il y a au moins 200 personnes qui ont fait mieux. Il faut donc persévérer !!!

En fait, la seule polémique que j’arrive à imaginer à travers ce titre, c’est à savoir si un musulman tout ce qu’il y a de plus normal, vivant en Europe, pourrait se sentir visé par un tel jeu – sachant que ce n’est pas du tout l’objectif – , ou si, à l’inverse, le jeu fasse suffisamment parler de lui pour que les chefs de Daesh appellent à une action directe contre Destructive Creations. Au-delà de ces deux éventualités, nous n’avons à faire qu’à un titre légèrement uchronique basé sur une préoccupation que partagent à mon sens au moins un tiers des habitants du globe. A partir de là, si les titres bourrins ne vous font pas peur, que la course-au-score vous challenge, et que vous aimez soutenir le travail des indépendants où qu’ils soient, n’hésitez plus. Pour ma part, j’espère vraiment que ce petit titre de Destructive Creation leur servira de tremplin pour s’attaquer à un titre un peu plus abouti que Hatred ou ÏS Defense, quitte à devoir attendre 2018 pour le tester. Quoi qu’il en soit, le potentiel du studio n’est plus à démontrer.

* à noter que le jeu ne fonctionne qu’en mode Qwerty : il faut donc configurer le clavier pour faire fonctionner le jeu correctement grâce à la manip Alt+Maj.

Les Plus :

  • Le prix
  •  Le fun
  • L’aspect indé assumé et la volonté de remettre au goût du jour un genre tombé en désuétude
  • L’ouverture Day-One du jeu aux mods de la communauté
  • Le Ranking de votre score à échelle mondiale (c’est ki ki tue le plus de terroristes ?)

 

Les Moins :

  • Un peu trop répétitif
  • Peu de map (3 à ce jour), ce qui peut, peut-être, être compensé par les moddeurs compétents.
  • En anglais uniquement, et avec Qwerty obligatoire.

Sa note :

15/20

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